Tertullien — Chair
Ne les entendes-vous pas, hérétiques ou païens, déclamer à tout propos et avant tout contre la chair, contre son origine, contre la matière dont elle est formée, contre les accidents et toutes les infirmités qu’elle éprouve ? « Dans l’origine, disent-ils, elle est immonde par la lie de la terre ; plus tard, elle est plus immonde encore par le limon de la semence, faible, infirme, vicieuse, chargée de misères, importune. Après tant d’ignominie, elle retourne à la terre, son premier élément, pour prendre le nom de cadavre ; même ce nom de cadavre ne lui demeurera pas longtemps : elle deviendra un je ne sais quoi qui n’a plus de nom dans aucune langue. »
(…)
Ainsi, puisque les esprits peu éclairés pensent d’après les notions communes, et que les âmes simples et incertaines s’en laissent troubler, puisque partout le mépris pour la chair est le premier bélier que l’on fait jouer contre nous, il est nécessaire, à notre tour, de défendre la chair. »
Tertullien.
De la Résurrection de la chair.
Le « je-ne-sais-quoi qui n’a plus de nom dans aucune langue » est repris par Bossuet dans son sermon sur la mort et par Lacan, deux fois au moins (Le Moi, p317 et Écrits, p420).
C’est d’une certaine façon un contresens, au moins de la part de Bossuet, puisqu’il reprend l’expression de Tertullien pour déprécier la chair alors que Tertullien met l’expression dans la bouche de ses adversaires pour finalement défendre le chair et même pour défendre ce qui deviendra le dogme de sa résurrection.